Le groupe québécois CEA, qui propose un son hybride, à la fois hip-hop et pop, est actuellement en tournée en France. Comme d’autres l’on fait avant eux, ils vont s’efforcer de faire connaître le hip-hop d’ici aux gens de l’hexagone.
Le défi est de taille.
La question est de savoir si le hip-hop québécois est vraiment «exportable». Voici quelques obstacles importants à son implantation outre-mer:
1. Le hip-hop québécois manque de maturité
Rien à voir avec la qualité des artistes ou de leur musique. Il faut simplement admettre que le hip-hop québécois n’a jamais réussi à produire de succès commercial convaincant, capable de toucher la masse de façon significative et durable.
Qu’on le veuille ou non, le hip-hop québécois demeure un genre marginal où l’on retrouve très peu d’artistes «professionnels». De fait, les majors n’ont jamais vraiment cru à son potentiel et rares sont celles qui voudraient risquer l’aventure d’un lancement outre-Atlantique.
Évidemment, sans l’appui d’une structure organisée qui possède un tant soit peu de moyens financiers, vaut mieux oublier la possibilité de percer le marché français où la compétition est déjà extrêmement forte.
2. Le hip-hop québécois n’a pas d’identité distincte
Pour arriver à s’implanter ailleurs, il faudrait que le hip-hop québécois ait quelque chose de nouveau, d’original et de différent à proposer. À mon avis ce n’est pas le cas. On ressent dans la musique rap québécoise une trop grande influence des Américains (ou même des Français). Sans réinventer le genre, il faudrait au moins trouver un moyen de l’aborder autrement (comme l’ont fait les rappeurs américains du sud avec le crunk par exemple).
3. L’accent québécois passe plutôt mal
Inutile de jouer à l’autruche, l’accent québécois est un sujet d’amusement pour les Français qui le comprennent en général assez mal. N’oublions pas que le hip-hop est un style où la musicalité des textes et des mots revêt une importance capitale. Notre prononciation, nos expressions et mêmes nos intonations sont différentes et cela fait en sorte que notre musique est moins facile d’accès pour les autres francophones. C’est un problème majeur.
4. Le public français n’arrive pas à s’identifier aux rappeurs québécois
C’est également un genre où les fans s’identifient beaucoup à leurs artistes préférés parce que ceux-ci dépeignent la réalité de leur quotidien, de leur quartier, de leur génération, etc. Vous conviendrez qu’il est difficile de créer ce genre de lien, ce sentiment d’appartenance pour un artiste qui ne vient pas du coin… L’attrait est beaucoup moins fort.
Dans ce contexte, pourquoi les rappeurs américains réussissent-ils en France ? Il y a plusieurs réponses et ce serait long de toutes les énumérer. On peut par contre souligner le fait qu’eux disposent de moyens promotionnels imposants, qu’ils sont les créateurs du genre et que de toute façon, contrairement aux autres nations, ils réussissent à imposer leur musique et leurs produits culturels à peu près partout dans le monde.
Je ne dis cependant pas qu’il est impossible d’exporter notre hip-hop, j’en serais le premier ravi. Je pense néanmoins qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire.

1 COMMENTAIRE
Question: Est-ce que CEA est vraiment le meilleur ambassadeur du mouvement hip-hop en europe? Oui et non.
Leur style et leur vibe est tout à fait approprié et des plus adapté à la culture et au mainstream français.
Par contre, les lyrics sont selon moi beaucoup trop locale. Les références récurrentes à Montcalm, Lévis, Saint-Roch vont peut-être mêlé les cousins un peu…
Reste qu’il s’agit selon moi du groupe hip hop, s’il en est un, qui a le plus de potentiel radiophonique inexploité au Québec. Leur timide intrusion sur les ondes de NRJ l’an dernier n’a pas selon moi eu l’exposure qui lui revenait.
Je considère donc qu’avant d’être exporté, la musique d’ici devra connaitre plus de support des différents médias. La crédibilité amène la crédibilité…
Longue vie à CEA! (Karma, Taktika, K6A et tout les autres en A!
1 Rétrolien
[...] j’ai écrit pour mieux comprendre les difficultés du rap québécois à s’exporter. Est-ce que le hip-hop québécois peut s’exporter en France ? Permalien|Fil RSS des commentaires – Répondre|Rétrolien. PUBLIER UN COMMENTAIRE [...]