
J’ai eu la chance de m’entretenir avec Oxmo Puccino il y a de ça environ deux ans.
La rencontre s’est faite lors de son passage au Festival de Jazz de Montréal, peu après la sortie de l’album Lipopette Bar. Il nous avait accordé une entrevue pour les Arshitechs du Son TV.
Le tournage terminé, nous étions restés à bavarder sur la terrasse de l’hôtel du centre-ville où il nous avait donné rendez-vous. De toute évidence, il avait du temps à tuer avant son concert et il se plaisait bien à discuter.
Les difficultés de la scène hip-hop québécoise
Nous avons d’abord échanger sur sa musique et sur celle des artistes invités dans le cadre du festival. Puis nous avons parlé de la scène hip-hop québécoise.
Mes collègues et moi (en ambassadeurs chevronnés) n’avons pas manqué de souligner qu’au fil du temps, celle-ci gagnait en richesse et en diversité. Mais force était d’admettre que le hip-hop québécois avait autant de mal à rencontrer un succès commercial convaincant ici qu’à s’exporter ailleurs dans les pays francophones.
C’est là qu’Oxmo Puccino a abordé le sujet du Roi Heenok.
Pour vous faire une histoire courte, le Roi Heenok est une caricature. C’est un rappeur québécois qui, en jouant à outrance la carte du gangster, s’est fait connaître jusqu’en Europe en diffusant ses chansons et ses vidéos sur Internet. Sa notoriété lui a même permis de décrocher un contrat de disque et de lancer un album en France.
Le Roi Heenok, un modèle à suivre ?
« Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, il y a une leçon à tirer de ce succès », avait observé Oxmo Puccino sans dissimuler l’admiration qu’il avait pour ce que le Roi Heenok avait accompli.
Je l’avoue, ça m’a ébranlé.
Ça m’a ébranlé parce que pour moi, leRoi Heenok ne représentait en rien le genre musical que je m’efforçais de promouvoir depuis plusieurs années. Et qu’un vétéran fort respecté du rap français le considère comme un exemple à suivre, j’ai eu du mal à l’avaler
Oxmo Puccino avait cependant raison.
C’est vrai, les maisons de disque ne font pas de porte-à -porte pour dénicher des artistes et leur offrir une carrière sur un plateau. Non.
Pour espérer attirer leur attention, ce n’est pas toujours une question de talent. Il faut surtout savoir se démarquer, particulièrement quand on exploite un genre émergent ou marginal. Et pour cela, il faut du cran, il faut de l’audace et il faut être prêt à déranger.
Le Roi Heenok possédait ces qualités, ça lui faisait plaisir de déranger un peu et il a su utiliser Internet à son avantage. Ça a marché.
Réussir n’est pas nécessairement une question de talent
Est-ce qu’il est un meilleur artiste pour autant ? Non. Mais contrairement à des tonnes d’artistes qui resteront probablement anonymes jusqu’à la fin de leur vie, il a su tirer son épingle du jeu. Pour ça, bravo.
Je ne pense pas que Oxmo Puccino soit un fan du Roi Heenok. En fait ce serait même plutôt étonnant. Une chose est sûre, c’est qu’après avoir roulé sa bosse depuis plus de 10 ans dans la musique il connaît suffisamment bien l’industrie pour reconnaître que ceux qui y réussissent ne sont malheureusement pas toujours les plus talentueux…
Je vous laisse avec deux excellents vidéos d’Oxmo :
365 jours – Extrait de l’album L’arme de paix
Avoir des potes - Inédit au Canada

2 COMMENTAIRES
« … ceux qui y réussissent ne sont malheureusement pas toujours les plus talentueux… »
C’est quoi, toutes les fois ou je me suis tué pour te répéter ça et que tu m’obstinais, c’était du fake?
@Baston : Whut ?! Tu veux t’approprier mon opinion maintenant ? hahaha
Non ce que je disais en DISCUTANT avec toi, c’est que pour vendre des centaines de milliers de disques, ça prend quand même un minimum de talent et un produit qui se tient debout. Même si tu arrives à créer un buzz et à attirer l’attention, c’est rare que tu vends si ton album est pourri.